L'histoire de Talcy commence essentiellement
lorsque Bernard Salviati achète en 1517
le manoir de Talcy et ses dépendances situés dans
le terroir de la Beauce.
Ce banquier florentin, attaché à la cour de François
1er est parent des Médicis. C'est ainsi que
les 28 et 29 juin 1562, le fils de Bernard, Jean Salviati, reçoit
à Talcy sa cousine, Catherine de Médicis, accompagnée
du jeune Charles IX. Elle y attend le prince de Condé,
alors qu'elle a envoyé les chefs catholiques à Châteaudun.
En fait, Condé ne viendra pas à Talcy et les négociations
échoueront.
Mais c'est surtout à la littérature que Talcy doit
sa renommée. En 1545, Ronsard, né dans le Vendômois,
rencontre lors d'une fête à la cour de Blois, la
fille de Bernard Salviati, Cassandre. Celle-ci a quatorze ans,
Ronsard vingt et un ans. Naît une histoire d'amour inaccessible,
à moitié mythique, tel l'amour courtois des troubadours.
Il nous vaudra de nombreux poèmes, écrits même
après le mariage de Cassandre, l'année suivante,
avec un seigneur plus fortuné que Ronsard.
Quelques années plus tard, en 1571, c'est à Talcy
que naîtra une passion véritable entre Diane Salviati,
la petite-fille de Bernard, et Agrippa d'Aubigné. Très
éprouvé par la guerre, ce seigneur huguenot est
revenu sur ses terres, situées non loin de Talcy. A la
Saint-Barthélemy, il trouve refuge à Talcy auprès
de Jean Salviati, catholique tolérant. L'amour qu'il éprouve
alors pour sa fille Diane lui inspirent ses premiers poèmes.
Il lui enverra plus de 6 000 vers dont l'ensemble compose le recueil
intitulé " le Printemps ". Fiancés,
ils ne pourront finalement se marier en raison d'oppositions familiales
dans ce contexte des guerres de religion.
Talcy reste dans la famille Salviati jusqu'en 1668. Le donjon
gothique a été remanié par Bernard Salviati
qui lui adjoint deux ailes formant corps de logis. L'aile en retour
sera l'Ïuvre d'une de ses filles qui fera aussi l'achat de nouvelles
terres.
Le domaine passe ensuite dans différentes mains jusqu'à
1704, date à laquelle la famille Burgeat en prend possession.
Trois générations de cette famille, issue de la
grande bourgeoisie protestante et anoblie vers 1720, vont s'attacher
à la réfection de toute la propriété :
on fait renouveler les charpentes du corps de logis, les pavements,
les fenêtres, les boiseries, les portes, poser des cheminées
de marbre et restaurer entièrement les appartements. L'aspect
général de l'intérieur de cette demeure au
XVIIIe siècle est celui qui nous est parvenu. Les meubles
mêmes sont ceux des propriétaires d'alors, ce qui
est exceptionnel. Les jardins bénéficient aussi
de nombreux travaux d'embellissement : replantation du verger
et réfection des murs, du perron, du vivier, création
de l'allée plantée de la garenne, construction de
l'orangerie etc.
A sa vente en 1780 à la famille Gastebois, le domaine
apparaît comme opulent et prospère :
" les
parterres et jardins contiennent 13 arpents, enfermés de
murs neufs couverts de treillages peints en vert et garnis des
plus beaux espaliers de 500 toisesÉ ". Le verger regorge
d'arbres fruitiers taillés en " bouillon ",
en éventail ou dressés en plein vent, en boule ou
en entonnoir.
Mais en 1835 a lieu le partage du domaine entre les descendants
de la famille Grosbois, les Vincens / Stapfer. A partir de cette
date et en raison de difficultés économiques générales,
les éléments du domaine qui ne rapportent pas sont
voués à disparaître : les orangers sont
vendus et 78 hectares du parc sont défrichés pour
fournir des terrains à bailler au fermier de la Basse-cour.
La famille Stapfer fait classer le château parmi les monuments
historiques en 1908 et finit par le vendre à l'Etat en
1933 pour permettre au public de le visiter.