Dirai-je ces forêts d' arbustes, d' arbrisseaux,
entrelaçant en voûte, en alcove, en berceaux
leurs bras voluptueux, et leurs tiges fleuries ?
C'est là que, les yeux pleins de tendres rêveries,
ève à son jeune époux abandonna sa main,
et rougit comme l' aube aux portes du matin.
Tout les félicitoit dans toute la nature,
le ciel par son éclat, l'onde par son murmure.
La terre, en tressaillant, ressentit leurs plaisirs ;
Zéphyre aux antres verds redisoit leurs soupirs ;
les arbres frémissoient, et la rose inclinée
versoit tous ses parfums sur le lit d' hyménée.
ô bonheur ineffable ! ô fortunés époux !
Heureux dans ses jardins, heureux qui, comme vous,
vivroit, loin des tourmens où l' orgueil est en proie,
riche de fruits, de fleurs, d' innocence et de joie !

Moins pompeux qu'élégant, moins décoré que beau,
un jardin, à mes yeux, est un vaste tableau.
Soyez peintre. Les champs, leurs nuances sans nombre,
les jets de la lumière, et les masses de l' ombre,
les heures, les saisons, variant tour à tour
le cercle de l' année et le cercle du jour,
et des prés émaillés les riches broderies,
et des rians côteaux les vertes draperies,
les arbres, les rochers, et les eaux, et les fleurs,
ce sont là vos pinceaux, vos toiles, vos couleurs ;

la nature est à vous ; et votre main féconde
dispose, pour créer, des élémens du monde.
Mais avant de planter, avant que du terrein
votre bêche imprudente ait entamé le sein,
pour donner aux jardins une forme plus pure,
observez, connoissez, imitez la nature.

Abbé De Lille, [Les] Jardins ou L'Art d'embellir les paysages

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