|
Le
puits est le lieu emblématique de la rencontre
de Ronsard ) et de Cassandre, fille de Bernard Salviati,
banquier florentin et parent des Médicis. Deux sonnets
extraits des Amours de Cassandre composé en
1549 s'échappent mystérieusement du puits pour
évoquer la rose et la fuite du temps : L'ode à
Cassandre ("Mignonne allons voir si la rose...") et le sonnet
"Prend cette rose aimable comme toi" mêlés à
des musiques de la Renaissance. Ces ambiances sonores évoquent
notamment la rencontre au château de Blois, en 1545,
au cours d'un bal, du "Prince des poètes" et de celle
qui, alors âgée de quinze ans, deviendra sa muse
et dont les soupirs hanteront pour l'éternité
ce lieu magique. Le son d'orgue final traduit de manière
allégorique une union impossible.
Le
"salon de verdure et de poésie",
installé dans un carré du verger, évoque
Agrippa d'Aubigné ), grand poète protestant
des guerres de religion et son amour pour Diane Salviati,
la nièce de Cassandre qu'il rencontre au château
en 1571.
Les sonnets qui émergent des frondaisons,
extraits du recueil L'hécatombe à Diane
composé en 1571, évoquent à la fois le
parc de Talcy, l'attitude tour à tour complaisante
et cruelle de Diane à l'égard du poète
et l'image du jardin, figure allégorique récurrente
à la Renaissance, des amours et de la Dame.
Cette évocation sonore illustre le
contraste entre la fraîcheur idyllique du parc de Talcy
et la sanglante violence des événements vécus
par le poète. Agrippa d'Aubigné a en effet participé
en 1569 à la bataille de Jarnac et a échappé
en 1572 au massacre de la Saint-Barthélémy.
Il est peu après grièvement blessé à
la porte d'une hôtellerie en Beauce et, à peine
soigné, regagne à cheval Talcy pour "venir mourir
entre les bras de sa maîtresse". Ces faits sont illustrés
dans la musique et les sonnets, à travers le jeu des
images et des comparaisons qui exprime un très vieux
lieu commun : la douceur et la cruauté de l'amour.
Le
pigeonnier est le point
de convergence des poètes Agrippa d'Aubigné
et Ronsard. Il devient l'espace dévolu à l'amour
et à sa sublimation. Le poète s'y approche du
ciel et des dieux. L'image de l'oiseau évoquée
dans les sonnets induit le battement d'ailes, l'envol vers
l'être aimé qui, ne pouvant être approché
sur la terre, devient ici une figure céleste par excellence
: la Muse.
Par contraste, s'y ajoute l'inquiétude
de la chute (Ronsard et l'image d'Icare s'approchant du soleil)
ou du naufrage (Agrippa et son frêle navire luttant
contre les flots déchaînés de la passion).
Ici les éléments sont convoqués par les
poètes, pris à témoin de leurs passions
sans espoir. Les fragments des sonnets entendus sont tirés
des recueils L'Hécatombe à Diane d'Agrippa
d'Aubigné et des Amours de Cassandre de Ronsard.
|