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Petite
morte (2)
A l'angle du verger, au lieu exact où le soleil
se lève, l'ombre démesurée d'un
piquet. Et ma propre ombre derrière moi que l'ombre
du piquet isole du dessin de mon corps comme elle-même
s'isole du dessin des ombres de la haie.
L'ombre du piquet comme l'essence de ma propre ombre
donnée à contempler. L'essence de ma propre
verticalité quand elle se dresse, opaque, dans
la peau de la lumière et que de sa propre peau
la lumière la dépouille et, ce faisant,
intimement la palpe, touche, rencontre.
Eventail des ombres. Senti de la lumière. Verticalité
du corps quand la lumière en renverse l'ombre
comme un attribut de la présence, la dépose,
fétu, dans le suaire de son jaillissement. Dans
le suaire démesurée, allongée,
emportée. Fantôme avant-coureur. Ombre
de noyée. Ombre comme un os. Décapitée.
Ou bien trait entre deux lèvres matérialisant
de la haie ce peu corruptible et célébrant,
langue obscure, salive sacrée, introït.
Mais l'os demeure. Qui blesse et qu'on répare.
Contre-jour à l'angle du verger. La lumière
me prend dans sa bouche.
Je suis au plus près de sa voix. Je clos son
silence. Je touche sa parole et si je m'éloigne
je la tire avec moi. Je ne la prononce pas, je ne l'articule
pas, je la maintiens jointe afin qu'elle ne s'écarte
pas, afin que rien d'elle ne tombe.
Trait de colle entre deux lèvres. Ombre du piquet.
Embaumeuse de sa parole.
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